Les derniers voyages d’Alfred Métraux

5 - Noël 1959 à Vicos


« la préparation d’un festin indien… »


Retour à l’hacienda de Vicos

Dès 8 heures, les Indiens viennent creuser le four pour la pachamanga qu’ils ont décidé de m’offrir... (…) Après quoi j’essuie un discours auquel je réponds et je remets les deux caisses de bière ainsi que les cigarettes achetées à Huaraz. On m’acclame. Je parle de l’hacienda qui sera à eux l’année prochaine (…). Si alors ils ne peuvent payer, la propriété reviendra à la Beneficienca. Cette échéance les hante. Cet accueil amical, ce festin en mon honneur ne sont que des manifestations de cette anxiété. Peut-être pourrai-je les aider, peut-être suis-je puissant...(…)

Fabrication du four Pachamanga

Trou d’environ 1m de profondeur et 1,50m de diamètre, tapissé de dalles avec ouverture de 3 dalles. Sur cette base on construit une voûte en terre. La voûte se construit rapidement car de nombreux Indiens tiennent les pierres à mesure que la voûte monte. On faut brûler du bois pendant près de deux heures. Pendant ce temps-là on prépare la viande qui est assaisonnée avec de l’aji ? et des herbes. Après 3 heures, on fait écrouler le four et on étend la pierre. Les pommes de terre sont versées sur les cendres et recouvertes de pierres. Des paquets de viande sont étalés sur les pierres. On recouvre les paquets de pierres. Ces pierres sont couvertes par des tas d’herbes odorantes et celles-ci sont recouvertes de terre. On attend trois quarts d’heure d’heures. On plante une croix sur le four.

Le départ

Vers 6 heures ils annoncent qu’ils vont prendre congé. Ils s’alignent sur la terrasse et le « personero » fait un discours en quechua (…) Ils disent le regret de ce que je ne veuille pas rester un jour de plus pour permettre à l’ensemble de la communauté, musique en tête, de prendre congé dans une forme solennelle… On ne cesse de me remercier, de me traiter de « doctorcito »,

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de souhaiter mon retour, puis tous viennent me donner un abrazo. La musique joue un wayno pour le Huascaran et nous devons danser. Après quoi c’est un nouveau abrazo de tous. Musique en tête, ils s’éloignent lentement et je les regarde disparaître par le grand portail. Ils s’installent sous le porche de l’église où ils continuent à parler entre eux au son de leur musique si triste. Je l’entends en écrivant ces lignes. Une vieille nous baise la main. (…) Orgueil de nous offrir les premières pommes de terre de la communauté. Plaisir qu’ils éprouvent des compliments que je leur fais sur la qualité de leurs tubercules.